CAN 2025 : tsunami de fake news – comment certains médias algériens ont réécrit l’histoire

CAN 2025 : tsunami de fake news – comment certains médias algériens ont réécrit l’histoire

AFCON 2025 : comment les fausses nouvelles et certains médias algériens ont tenté de réécrire l’histoire

Depuis l’issue polémique de la Coupe d’Afrique des Nations 2025 et la décision inédite de la CAF de retirer le titre au Sénégal pour l’attribuer au Maroc, une vague de désinformation s’est abattue sur les réseaux sociaux et dans plusieurs médias. De fausses histoires se répandent à une vitesse fulgurante, attisées par la passion et la rivalité sportive. Des journalistes marocains et des observateurs tirent la sonnette d’alarme et dénoncent une campagne de fake news où certains organes de presse algériens jouent un rôle non négligeable. Pourquoi ces rumeurs se propagent‑elles ? Quels mensonges ont été colportés ? Comment les débusquer ? Enquête.

**Une avalanche de fausses informations**
À peine la décision de la CAF rendue publique, des messages viraux apparaissent sur les réseaux sociaux. Certains affirment que la sécurité du stade Rabat a été débordée et qu’un agent est mort des suites de violences. D’autres prétendent qu’un supporter sénégalais aurait été lynché par des ultras marocains. Sur les sites de quelques médias algériens et sénégalais, les titres s’alarment : « Un mort dans le chaos de la finale », « Le Maroc responsable d’un drame humain ». Une version largement relayée par des pages Facebook anonymes prétend même que les autorités marocaines auraient dissimulé des décès. Rapidement, ces histoires se sont métastasées sur des plateformes de messagerie et ont franchi les frontières.

Or, ces informations sont fausses. La Direction générale de la sûreté nationale (DGSN) marocaine a publié un communiqué affirmant qu’aucun décès n’avait été enregistré parmi les agents de sécurité ni parmi les supporters. Le seul décès constaté dans les jours suivant la finale est celui d’un homme retrouvé à Salé, dans des circonstances sans lien avec le match. Ce démenti a été peu relayé à l’étranger, et nombre d’internautes continuent à croire à la rumeur initiale. Il illustre la vitesse à laquelle des fake news peuvent s’imposer comme des « vérités alternatives » lorsqu’elles servent une narration émotionnelle.

**Le faux walk‑off de 1976**
Parmi les histoires les plus étonnantes figure l’allégation selon laquelle le Maroc aurait déjà quitté la pelouse lors de la CAN 1976 pour protester contre un penalty. Plusieurs chroniqueurs sur des chaînes algériennes et des sites pseudo‑sportifs ont affirmé que « l’histoire se répète ». Cette comparaison vise à présenter le Maroc comme un récidiviste et à relativiser la faute du Sénégal. Or, cette affirmation est démentie par les archives. Le journaliste Said El Abadi, auteur de *L’Histoire du football africain*, s’insurge : « Ayant écrit sur la CAN 1976, je peux affirmer qu’aucune équipe n’a quitté le terrain. Le Maroc avait alors remporté son premier titre sans polémique». Il déplore que des médias censés vérifier leurs sources reprennent des rumeurs de réseaux sociaux sans vérifier.

**Des citations fabriquées de toutes pièces**
Une autre technique de désinformation consiste à attribuer des propos inventés à des personnalités. Après la décision de la CAF, de fausses déclarations attribuées à Hakimi et à Fouzi Lekjaa ont circulé. Elles prétendaient que le capitaine aurait insulté la CAF et que le président de la fédération marocaine aurait menacé de quitter l’instance. L’article de Yabiladi consacré à la lutte contre les fake news souligne que ces prétendus propos n’ont jamais été tenus et qu’ils ont été fabriqués pour attiser la colère. Les journalistes mettent en garde contre cette pratique qui consiste à détourner l’image de personnes publiques afin de crédibiliser une rumeur.

**Pourquoi ces rumeurs ? Analyse des motivations**
Les raisons qui poussent certains médias à propager des fausses nouvelles sont multiples. Tout d’abord, le besoin de visibilité joue un rôle majeur. Comme l’explique le journaliste Nassim El Kerf, co‑fondateur du média The10, les articles traitant du Maroc génèrent un trafic important, notamment de la part de la diaspora, ce qui encourage certains sites à publier rapidement sans vérifier les faits. Ensuite, la rivalité sportive et politique alimente les passions. Certains médias algériens, irrités par la montée en puissance du football marocain et par l’octroi de la CAN 2030 à la co‑organisation Maroc‑Espagne‑Portugal, n’hésitent pas à amplifier les contre‑vérités pour affaiblir l’image de leur voisin.

Il existe également un enjeu de nationalisme. Les fausses informations jouent sur les sentiments patriotiques, présentant leur pays comme victime d’une injustice planifiée par la CAF et par le Maroc. Le journaliste Samira Jadir, correspondante marocaine aux Pays‑Bas, observe que la confusion entre « équipe nationale » et « nation » est exploitée à des fins de propagande. En attisant la colère des supporters, certains commentateurs espèrent mobiliser l’opinion publique contre les instances internationales.

Enfin, la recherche du buzz et des revenus via les clics incite certaines plateformes à partager des contenus sensationnalistes. Les fausses nouvelles circulent d’autant plus qu’elles déclenchent des réactions fortes. Le phénomène est accentué par l’algorithme des réseaux sociaux, qui valorise l’engagement et rend virales les publications polémiques.

**Le rôle des médias algériens**
Certains titres algériens ont été pointés du doigt pour avoir relayé des fake news, notamment sur la prétendue mort d’un supporter sénégalais ou sur un complot de la CAF ourdi par le Maroc. Ces médias exploitent la rivalité historique entre les deux pays et surfent sur la frustration des supporters algériens, éliminés prématurément de la CAN. Ils insistent également sur l’argument selon lequel la CAF serait sous influence marocaine, oubliant que l’appel est jugé par des juristes indépendants et que les décisions peuvent être contestées devant le TAS. Les journalistes marocains dénoncent une tendance à la désinformation « anti‑Maroc » qui nuit à la crédibilité de la presse maghrébine.

**Comment lutter contre la désinformation ?**
Face à cette avalanche de fake news, la riposte s’organise. Des médias sérieux comme Yabiladi et Hespress ont mis en place des cellules de fact‑checking et publient des articles dédiés pour démystifier les rumeurs, rappelant que le décès du stadier est faux et que le Maroc n’a jamais quitté un terrain en 1976. Des initiatives citoyennes, comme la page « Morocco Fact Check » sur les réseaux sociaux, vérifient les informations avant de les diffuser. La FRMF et la DGSN réagissent désormais rapidement par des communiqués officiels afin de couper court aux rumeurs.

Des journalistes appellent également à plus de responsabilité professionnelle. Faiza Rhoul, rédactrice pour Hespress, regrette que les médias qui relaient des rumeurs ne publient pas d’erratum lorsqu’ils sont démentis. Elle souligne l’importance d’indiquer clairement les sources et de ne pas reprendre aveuglément des posts anonymes. D’autres estiment qu’il faut développer l’éducation aux médias, afin que les jeunes puissent distinguer une information vérifiée d’une rumeur.

**Conclusion : une vigilance nécessaire**
La polémique autour de la finale de la CAN 2025 et la décision de la CAF ont déclenché un tsunami de désinformation. Certains médias algériens et d’autres plates‑formes ont choisi de surfer sur cette vague pour servir des agendas politiques ou accroître leur audience, au détriment de la vérité. Les exemples de rumeurs – décès imaginaires, faux abandons de match, citations fabriquées – montrent à quel point il est facile de manipuler l’opinion lorsque le sujet touche à l’identité nationale et à la passion sportive.

Pour préserver un débat sain et respectueux, il appartient à chacun de vérifier les informations, de diversifier ses sources et de refuser de partager des contenus douteux. Les médias ont une responsabilité majeure : celle de croiser les témoignages, de consulter les communiqués officiels et de publier des rectificatifs lorsque nécessaire. Les supporters, de leur côté, doivent rappeler que le football reste un jeu et que la rivalité sportive ne doit pas se transformer en haine ou en guerre d’informations. Dans un monde hyperconnecté, la vigilance est plus que jamais de mise.

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