Boissons énergisantes au Maroc : un danger pour les jeunes, plaidoyer pour une interdiction aux mineurs

Boissons énergisantes au Maroc : un danger pour les jeunes, plaidoyer pour une interdiction aux mineurs

Boissons énergisantes au Maroc : un danger pour les jeunes, plaidoyer pour une interdiction aux mineurs

Au cours des dernières années, les boissons énergisantes sont devenues omniprésentes dans la culture des jeunes Marocains. On les voit partout lors des périodes d’examens ou à l’occasion de compétitions sportives : des canettes colorées promettant un “coup de fouet” pour améliorer la concentration et l’endurance. Or cette consommation galopante parmi les adolescents inquiète de plus en plus les spécialistes de la santé publique.

De nombreux jeunes se tournent vers ces boissons pour survivre aux nuits blanches et à la pression des examens, ou pour booster leurs performances physiques pendant un match. Grâce à des doses élevées de caféine, de taurine et de sucre, elles prétendent fournir de l’énergie rapidement. Mais derrière cette image séduisante se cachent des dangers méconnus.

L’Observatoire marocain pour la protection des consommateurs a récemment tiré la sonnette d’alarme. Dans un communiqué, son président Hassan Ait Ali appelle les autorités à interdire la vente de boissons énergisantes aux moins de 18 ans, jugeant que les recommandations des fabricants sur une consommation modérée sont insuffisantes. Il réclame l’instauration d’avertissements clairs sur les emballages, l’organisation de campagnes de sensibilisation dans les écoles et les familles, ainsi que des recherches scientifiques sur les habitudes de consommation. L’association exhorte également les parents à jouer un rôle actif en informant leurs enfants des risques et en privilégiant des alternatives plus saines comme l’eau ou les jus naturels.

Le médecin et spécialiste des politiques de santé Tayeb Hamdi explique que ces boissons sont conçues pour “stimuler le corps et fournir de l’énergie au-delà de son niveau naturel”, principalement grâce à de fortes doses de caféine. Chez les adolescents, dont le cerveau et le corps sont encore en développement, cette stimulation artificielle présente un danger majeur. Une consommation excessive de caféine peut entraîner de l’anxiété, de l’agitation, une augmentation du rythme cardiaque et une pression artérielle élevée, voire des problèmes cardiaques graves. Les risques sont d’autant plus importants que le cerveau continue de se développer jusqu’à environ 25 ans.

Au‑delà des effets cardiovasculaires et neurologiques, les boissons énergisantes accentuent la déshydratation – notamment en cas de forte chaleur – et leur forte teneur en sucre favorise la prise de poids, l’obésité et les caries dentaires. De plus, ces produits perturbent le sommeil, créant un cercle vicieux qui pousse les jeunes à en consommer davantage pour compenser la fatigue. Le Dr Hamdi rappelle que de telles habitudes peuvent “affecter négativement le développement cérébral à long terme” et souligne que la priorité devrait rester l’eau comme boisson de référence.

Plusieurs pays européens ont déjà adopté des mesures restrictives, limitant la vente de ces boissons aux mineurs ou plafonnant la teneur en caféine. Au Danemark et en Lituanie, par exemple, la vente de boissons à forte teneur en caféine est interdite aux moins de 16 ans. Le Royaume‑Uni envisage une réglementation similaire après que des études ont révélé que les adolescents mélangent souvent boissons énergisantes et alcool, aggravant ainsi les risques. Au Maroc, aucune annonce officielle n’a pour l’instant été faite par les autorités sanitaires quant à un éventuel durcissement de la réglementation. D’où l’insistance de l’Observatoire pour que le pays s’inspire de ces initiatives étrangères.

Les stratagèmes marketing des fabricants ciblent particulièrement les jeunes : couleurs vives, slogans branchés et sponsoring de sports extrêmes créent une image de force et d’indépendance. Les campagnes publicitaires diffusées à la télévision et sur les réseaux sociaux au Maroc mettent en avant la performance et le style de vie, tout en minimisant les risques. L’absence de contrôle strict de la publicité permet à ces messages de toucher les mineurs sans filtre.

Dans ce contexte, le rôle des parents et des éducateurs est crucial. Ils doivent prendre conscience des ingrédients présents dans ces boissons et de leurs effets potentiels. Ils peuvent encourager leurs enfants à lire les étiquettes et à se questionner sur les messages publicitaires. Les établissements scolaires pourraient intégrer des séances d’éducation à la nutrition et au fonctionnement du corps afin d’expliquer l’impact des stimulants. Des campagnes menées par des professionnels de santé, en partenariat avec le ministère de l’Éducation, permettraient de sensibiliser plus largement.

Les fabricants rétorquent que leurs produits respectent les normes en vigueur et qu’une consommation modérée n’est pas plus dangereuse qu’une tasse de café. Pourtant, cette argumentation ignore les comportements observés chez les adolescents : attirés par les parfums sucrés et les packagings attrayants, ils dépassent souvent les recommandations. Pour l’Observatoire, l’autodiscipline reste illusoire tant que les messages marketing s’adressent directement à eux.

En définitive, le débat autour des boissons énergisantes au Maroc soulève une question de santé publique. L’association de doses élevées de caféine et de sucre rend ces produits particulièrement risqués pour les mineurs. En l’absence d’un cadre légal clair, la protection des jeunes repose essentiellement sur les familles et la société civile. Le Maroc pourrait s’inspirer des législations européennes, tout en lançant des campagnes de sensibilisation et en proposant des alternatives plus saines. L’objectif n’est pas de diaboliser un produit, mais de préserver la santé de la jeune génération, afin que la réussite scolaire ou sportive ne se fasse pas au détriment de leur avenir.

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